SRI-LANKA,
ENTRE GUERRE ET TSUNAMI
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Une
nouvelle fois Julien m’accompagne dans ma quête de photographies et
de compréhension. C’est
sur
le Sri Lanka que je jette ma curiosité en
cette
année
du Tigre.
Dans
notre vol Cathay Pacific Shanghai-Colombo via Hong-Kong, notre avion est
largement occupé par l’équipe de football B’ nord-coréenne, invitée
à un tournoi inter-nations asiatiques. Les jeunes garçons ont l’air
japonais avec leurs coupes de cheveux branchées, gelées et
soigneusement agencées, pour être presque furtives. Les entraineurs, médecins
et kinésistes ont 50 ans et reconnaissables à leur costumes sombres,
mal taillés et très old-school,
tous arborent, règle oblige, le badge de Kim Jong Il sur le revers de
leur veste. Un instant mes pensées basculent en Mai 2004 lors de ma virée
nord-coréenne avec Koryo Tour, quel séjour!
Bref,
nous atterrissons à Colombo, moite, engluée de moustiques mais l’air
reste frais à cette période de l’année. Notre Hotel fait face au
port marchand et son container
yards.
Jaffna,
la capitale Tamoule est le but de ce voyage, c’est là-bas uniquement
que je souhaite aller, le reste à vrai dire, je m’en fiche un peu.
Ces tamoules, massacrés par l’armée gouvernementale du président
Mahinda Rajapakse, supportée en partie par l’Inde et par les
diasporas tamouls d’Europe, d’Inde et des États-Unis me fascinent.
Ils ont résistés et sont parait-il des rebelles tenaces. Un ami
d’amis, Brett Moor, en poste pour l’ONU depuis 4 ans au Sri-Lanka,
nous décrit le pays sous ses moindres recoins: son système politique,
sa corruption, son copinage chinois, sa classe moyenne et ses pauvres
tous enguirlandés par les médias sous contrôle du gouvernement.
Au
printemps 2009, l’armée nationale a mis fin à presque 3 décennies
de conflits armé avec les Tigres de libération. Cette guerre civile
opposa, officiellement de 1983 à 2009, le gouvernement du Sri Lanka
dominé par la majorité cingalaise bouddhiste, et les Tigres de
liberation de l'Ilham tamoul (le LTTE), organisation separatiste luttant
pour la création du Tamil Eelam, un État indépendant dans l'est et le
nord du pays, majoritairement peuplé de Tamouls de religion hindoue.
Le frère du président
Rajapakse fut rapatrié de Californie ou il y administrait un 7Eleven
pour être nommé ministre de la Défense du gouvernement…ses faits et
geste sont depuis qualifiés des termes les plus sanguinaires et
macabres, c’est en brute épaisse sans foi ni loi qui a fait décimer
le dernier bastion de la rébellion du LTTE en Avril 2009. Un deal avait
été passé avec le gouvernement, les derniers officiers tamouls et
leur familles se rendirent sur un terrain prédestiné, à Chundikkulam
et finalement c’est un massacre organisé qui y sévit, les 300
tamouls, hommes, femmes et enfants y furent écrasés par l’armée régulière
sri-lankaises.
C’est
finalement un road trip de tout ce qu’il y a de plus classique dans
les années 2000 que Julien et moi entamons, nous partons de Colombo
puis rejoindrons Anuradhapura, Trinconmalee, Nilaveli, Polonnaruva,
Kandy, Nuwara, Eliya pour s’échouer a Hikkaduwa et sa plage a
Tsunamis.
Pour
aller à Jaffna nous avons besoin d’un permit spéciale aussi appelé
“clearance” et que les autorités ne nous délivrerons que sous 3 ou
4 jours, pris par le temps c’est le cœur serré que je fais une croix
sur l’extrême Nord du
pays. Nous prenons un chauffeur et partons gravir le Sri-lanka en
partant certes en direction du Nord mais conscient de devoir bifurquer
plein Est à un certain point sur la carte. Nous traversons de multiples
villages et gros bourgs, l’armée est omniprésente, les soldats
arborent de belles kalachnikovs chinoises. Depuis quelques années le
copinage entre Colombo et Pékin va bon train. L’armement tchécoslovaque
d’entant dont disposait l’armée nationale est désormais remplacé
par des armes chinoises de bonne qualité et certainement marchandées là
contre une concession portuaire pour que les chinois y installent une
base navale sur la cote sud du pays, ici contre l’exploitation de
gisements miniers à l’intérieur des terres, ou bien pétrolifère
dans les eaux sri-lankaises.
La
nature est dense, la flore colorée et très abondante, la faune
particulièrement variée, en une semaine nous verrons tout ce que mon
imaginaire animalier peut attendre d’un voyage en zone tropicale: éléphant,
iguanes, pélicans, singes, cobra, buffles et j’en passe.
Nous
traversons les provinces du nord central et passons une nuit dans un hôtel
du bout du monde, sur la plage de Trincomalee. Nous rencontrons Zach un
australien humanitaire en vacances après une mission de 6 mois a Kaboul.
Nous passons la soirée à refaire le monde, le garçon est zen et fort
intéressant, il voyage léger, sa guitare a l’épaule.
En
traversant les villages du pays, Anur notre chauffeur pointe parfois du
doigt une ou deux femmes tamoules qu’il essaie de nous aider à
reconnaitre…mais la distinction avec une femme sri-lankaises
bouddhistes est difficile à faire pour un œil neuf.
Les
plages du gold du Bengale que nous parcourons en voitures sont sauvages
et n’appellent pas à la baignade tant leur rouleaux d’écumes y
sont puissants et bruyants, rappelant que c’est aussi ici que des pêcheurs
perdirent la vie lors du tsunami de 2005.
Un
jour nous sentons Anur inquiet et préoccupé, l’oreille colle à son
téléphone portable. Nous le questionnons et finalement il nous
“crache sa valda”. Un de ses cousins fous, qui a déjà ruiné sa
famille en partant faire soit disant fortune au Japon il y a quelques
années, a désormais en tête de partir en France ou en Angleterre, illégalement,
pour travailler et rapporter des lingots d’or à ses proches restés
au Sri-lanka. Notre Anur est un bon gros, bonne patte et sans doute le
seul à avoir un job stable, il est donc la vache à lait de son
entourage. Ses parents sont prêts à aller le lendemain à la banque
mettre en caution sa maison, sa voiture et son terrain pour un prêt
bancaire qui permettra de financer le voyage du cousin pour l’Europe. La
passe est à plus de 10,000 euros!
Humblement
je me dis : “Quelle chance il a notre Anur de nous avoir, Julien
et moi, en clients sympas cette semaine!” Nous passons 1 heure à démonter
a force d’arguments toute l’entreprise de son cousin, lui exposant
les risques inconsidérés qu’il allait prendre pour lui, sa femme,
son fils, les rendant tous dépendant des faits et gestes d’un cousin
ahuri que l’ivresse d’une utopie européenne pousse vers des choix
inconscients. Qui plus est, il a déjà prouvé à tous que ses précédentes
tentatives échouèrent systématiquement. Anur est finalement persuades
tant nos arguments tiennent la ligne et étant européens, il nous croit
sur parole. Il se fend
d’une bonne engueulade avec ses parents et met un terme a tout le mise
en scène. Quand les liens familiaux font faire des conneries!
Trois
principaux courants religieux semblent cohabiter ici. Un majoritaire et
officiel, dont le clergé revêt des robes pourpres et oranges et puis
les “autres”: chrétiens ou musulmans. Anur nous raconte que les chrétiens
contrôlent tout le business du tourisme, les musulmans eux, celui des
voitures et autres camions qui filent tels des buffles en patins a
roulettes sur les routes du pays et que longent les écoliers en
uniformes à leur sortie de l’école.
Arrivés
dans le sud de l’Ile, à Galle, nous investissons une chambre dans un
hôtel à l’architecture massive et bétonnée jusqu’aux dents, pour
ne pas dire stalinienne: est-ce parce que la moitié de la clientèle
est russe? Ou bien parce que le Tsunami de 2005 frappa fortement à cet
endroit précis de la cote Sri-lankaise?
J’ai
l’impression d’être sur une plage ukrainienne de la mer noire dans
les annees 80…la chaleure en plus. L’endroit plairait à notre
Brissot. De gros hommes de Moscou boivent des vodkas on the rock au
soleil, à 10 heures du matin, leur gros ventres rouges scintillent, ils
portent des maillots de bain moule bite d’assez mauvais gout. Sous
leur yeux ahuris nous partons un matin, Julien et moi, faire un footing,
des pêcheurs nous demandent de les aider à remonter des filets posés
Durant la nuit….à bout de bras nous prêtons nos maigres forces…ce
sont des centaines de mètres de filets qui doivent être remontés sur
la plage, il y en a pour des heures….Julien et moi abandonnons après
20 minutes, à bout de force.
C’est
en fait le dernier jour que Julien et moi rencontrons Brett Moor, vieux
camarade australien d’une amie de Shanghai. Nous épiloguons sur le
pays durant 3 ou 4 heures, le temps pour moi de comprendre que le
Sri-Lanka est sans doute un des rares états bouddhistes extrémiste au
monde. Les hommes en toges pourpres et oranges que nous voyons à la télévision
locale sont loin d’être le symbole absolu de l’altruisme asiatique,
pacificateur et cherchant à unifier ethnies, confessions et dialectes
sous la même bannière nationale. Bien au contraire! Le président
Rajapakse s’est lié d’amitié avec eux, lui même étant bouddhiste,
l’emprise sur tout un peuple
des toges oranges lui permet d’entériner sa politique.
Je
ne terminerai pas ce récit d’un « triste
sort que celui du Sri-Lanka » car sur bien des plans il
fait bon vivre sur cette ile de l’océan indien, le peuple parait
heureux tant que les armes ne rugissent pas et que la mer reste calme.
© Ambroise Mathey - Octobre 2010